Mes cris écrits

Samedi 16 juin 2007

1466. Quelque part en Ecosse, dans les Highlands, un château perdu dans les brumes et la lande. On y voit, dans l’immense cour pavée, quelques vassaux et domestiques affairés, bien occupés entre les élevages de moutons, l’entretien de la meute et le travail de la laine. Le maître des lieux et sa famille n’en sortent jamais, mais y reçoivent beaucoup. Le Roi est craint et respecté de ses sujets, qui le vénèrent comme un Dieu. Après la mort de son seul fils, unique héritier mâle du royaume, emporté par la peste à l’âge de trois ans, il a sombré dans une folie soudaine et dévastatrice. Ses cinq filles et son épouse, la Reine Amélie, ne peuvent rien pour consoler son très grand chagrin. Elles tentent de le divertir, de l’amuser, en organisant fête sur fête, grandioses et spectaculaires, en convoquant au château tout ce que l’Ecosse compte de clowns réputés et de troubadours, de magiciens, mais rien n’y fait. Malgré le faste des réjouissances qu’on organise pour lui, le Roi reste emmuré dans sa douleur. Sa fille aînée, la princesse Roxane, est très malheureuse. Son père la déteste, lui dit qu’elle est hideuse, vilaine et sotte, et qu’il ne trouvera jamais à la marier. Que si son frère avait vécu, il aurait été le plus beau prince que la Terre ait porté, que le monde entier se serait jeté à ses pieds, que la continuité du règne aurait été assurée. Il pleure son fils perdu sans accorder un regard ou la moindre considération aux vivants qui l’entourent et qui souffrent de tant d’indifférence.

Une fête est donnée pour le vingtième anniversaire de Roxane, dans les jardins du château. La Reine Amélie ne désespère pas de lui trouver un époux digne de son rang, qui sache la rendre heureuse et lui permette de quitter sa famille. On a convié à cette occasion toutes sortes de personnages : Des musiciens, des amuseurs publics, toute la cour du Roi, quelques familles bien nées des alentours, des jongleurs et autres cracheurs de feu. En début de soirée, le Roi consent à se montrer. Il précède une armée de valets endimanchés et attentifs au moindre de ses caprices. Dans la foule des invités se trouve un mage bossu et boiteux, au passé plutôt obscur, très réputé pour ses pouvoirs de guérison de tous les maux possibles, très apprécié du Roi lui-même, qui aime le mystère. Après avoir fait agapes et beaucoup dansé, les invités se pressent autour de la princesse Roxane pour lui remettre leurs cadeaux. Le mage, en claudiquant, approche du Roi lui-même, d’un air conspirateur, et lui dit : ‘Sire, je voudrais remettre en personne mon présent à son Altesse votre fille, la princesse Roxane, si vous le permettez ? Si quelqu’un d’autre que moi le lui remet, ce présent n’aura plus aucun sens, ni aucun pouvoir.’ Le Roi semble plutôt bien disposé, puisque d’un seul signe, il fait écarter le petit comité qui entoure sa fille et permet au mage d’approcher. Eberluée par tant d’audace, la foule n’ose souffler mot, et c’est dans un silence religieux que le mage bossu remet à Roxane son cadeau : Un magnifique miroir, orné des plus beaux atours dorés, finement ciselés et travaillés. ‘Votre Altesse, voici pour vous, modestement. Puisse ce miroir vous montrer telle que vous êtes, splendide et digne d’être aimée.’ Sitôt, le mage se retourne et s’en va, d’une démarche singulière qui est la sienne. Roxane, qui a reçu beaucoup d’autres cadeaux ce soir, est particulièrement touchée par celui-là, sans pouvoir expliquer pourquoi. Ce présent la trouble, elle voudrait quitter la fête et regagner son appartement tout de suite, pour faire installer le miroir par un valet, et passer le reste de la nuit à s’y regarder. Mais son rang la contraint à quelques obligations. Si elle quitte la réception sans saluer les invités, le Roi son père sera fâché, et Roxane ne souhaite pas risquer de provoquer la colère royale. Il a déjà suffisamment de raisons de lui en vouloir, puisqu’elle est idiote et laide … Elle prend donc son mal en patience, remet son cadeau à l’un de ses valets pour qu’il l’installe dans ses appartements, et fait l’effort de raccompagner chacun des convives jusque devant la grille du château, en veillant à avoir un petit mot de remerciements. La Reine a pris soin de faire illuminer le parc entier pour l’occasion. Roxane s’apprête à saluer l’un des invités, lorsqu’elle tombe littéralement en arrêt : Il est d’une beauté ravageuse, c’est ce qu’elle se dit immédiatement. ‘Mon Dieu, qui est-ce ? Je ne l’ai pas remarqué de la soirée … Il est beau comme un orage … Je suis tellement timide, comment lui faire comprendre ? Et voudra-t-il de moi, voudrait-il m’épouser ?’

L’invité inconnu a remarqué le trouble de la princesse, il en joue. ‘Votre Altesse ne doit pas rougir de cette façon, son serviteur ne mérite pas tant d’hommages … Laissez-moi me présenter : Andrew, duc d’Endimbourg, nos pères respectifs sont cousins issus de germains, c’est la raison pour laquelle Sa Majesté m’a fait l’honneur de me convier. Nous nous sommes connus, enfants, mais vous avez oublié nos jeux. Rien d’étonnant. Père m’a dit qu’il vous cherche un époux, j’avoue ne pas du tout comprendre pourquoi tant de beauté n’a pas encore été remarquée, et aussi que personne à ce jour n’ait demandé votre main à Sa Majesté… ‘ Roxane, de plus en plus troublée, vaguement émue, lui fait alors une confidence surprenante : Elle a reçu en présent un miroir qui va être installé dans sa chambre par le valet qu’elle a chargé de cette tâche. S’enhardissant soudain, Roxane souffle à Andrew qu’il peut venir la rejoindre, s’il le souhaite, dans ses appartements, dès que la Reine aura commandé qu’on éteigne le parc du château, qu’il n’a qu’à rester tapi dans un buisson en attendant, et qu’elle lui adressera un signal de ses fenêtres dès qu’elle sera prête. Tétanisée par sa propre audace, la princesse laisse là tout son monde et regagne en courant le château. Elle arrive essoufflée, en cheveux, au pied du grand escalier menant à ses appartements. Elle renvoie d’un geste le valet, qui a installé le miroir à l’endroit exact qu’elle avait demandé, et se débarrasse de sa longue robe pour ne garder que son corset lacé, en dentelle blanche. Elle aimerait envoyer son signal à Andrew qui attend dans le parc, mais elle ne peut pas résister à la tentation de se regarder seule. Et là, stupeur … Ses traits, qui pour être certes grossiers, ne lui paraissaient pas insupportables, lui sautent au visage : Un nez énorme, des yeux creusés, sans expression, un teint blafard qu’elle ne se connaissait pas, sa silhouette épaisse et difforme, des dents mal alignées dans une bouche atrocement banale. Elle ne peut réprimer une grimace de dégoût. ‘Père a raison, mon Dieu, Père a raison, je suis affreusement laide, mon Dieu, pourquoi tant de disgrâce dans la même personne ? Est-ce possible ? Et qu’ai-je donc bien pu faire au monde pour mériter un tel châtiment ?’

La princesse Roxane en était là de ses considérations, perdue dans ses pensées, paralysée par le fait de devoir reconnaître que le Roi son père ne s’était pas trompé et qu’elle comprenait mieux qu’il ne l’aimât pas, qu’il ne la supportât pas, quand un bruit fracassant la tira de sa torpeur. Las d’attendre son signal, le jeune Duc d’Endimbourg, vif et fougueux, s’était autorisé ce que jusqu’à présent personne n’avait osé : Grimper le long d’un lierre qui courait sur la façade du château et se présenter à la fenêtre de la princesse, sur le balcon en pierre. Roxane émit un petit cri de surprise, mais au fond d’elle-même, elle était ravie de l’initiative de son beau cousin, qui semblait être très attiré par sa personne. D’un mouvement prompt et malhabile qui trahissait bien sa fébrilité, la princesse ouvrit à Andrew et l’invita à entrer. Un petit saut de cabri d’une rare élégance permit au Duc de se retrouver immédiatement devant Roxane. ‘Ainsi, votre Altesse, voici le miroir dont on vous a fait cadeau aujourd’hui ?’, et sans laisser à la princesse le temps de lui répondre : ‘De la belle ouvrage, très fin, doré … Magnifique ! Absolument splendide ! Quel est donc le nom du maître-artisan qui l’a fabriqué, ma cousine ?’ Balbutiante, Roxane murmura qu’elle l’ignorait. Elle eut tout de suite après une moue boudeuse et se claquemura dans une posture de repli qu’Andrew voulut comprendre. ‘Que se passe-t-il, votre Altesse ? Vous aurais-je blessée sans le vouloir ? Pardonnez-moi, je vous en supplie, pardonnez-moi …’ Roxane, dans un souffle, parvint à faire comprendre à son jeune cousin que ce miroir était une sorte de cadeau empoisonné, qu’il lui renvoyait d’elle-même une image dont elle ne voulait pas croire qu’elle était réelle. ‘Comprenez-moi, Mon Cher, je sais que je suis laide, puisque Père me le répète depuis que je suis née, mais … est-il possible d’avoir le droit de vivre quand on est monstrueux comme je le suis, pourquoi Dieu m’a-t-il laissé la vie et prise celle de mon petit frère, j’aurais tellement aimé que ce fût l’inverse pour que Père soit heureux …’ Voyant alors qu’elle commençait à pleurer, le Duc s’approcha de la princesse Roxane et entreprit maladroitement de la serrer contre lui pour apaiser son chagrin. Se penchant à son oreille, il lui susurra quelques mots : ‘N’ayez crainte, votre Altesse. Je suis là, maintenant. Ce sont vos yeux qui vous regardent mal, et ce que vous avez entendu pendant tout ce temps, qui vous fait croire des choses pareilles. Si vous vous abandonnez à moi, si vous vous offrez à moi, entièrement, sans peur, sans arrière-pensée néfaste, si vous permettez que notre intimité soit conforme à ce que je souhaiterais qu’elle soit, vous vous verrez belle très bientôt. Vous l’êtes déjà, Roxane.’

Le vent se mit à souffler en longues rafales, comme souvent en Ecosse. Curieuse, comme aimantée, rassérénée aussi par les douces paroles de son cousin le Duc, la princesse Roxane voulut lui demander ce qu’il entendait par ‘un degré d’intimité conforme à ses souhaits’. Andrew ne lui répondit pas tout de suite. Il s’assit négligemment sur le rebord du lit, en repliant lentement ses longues jambes contre lui, prit un air énigmatique, et finit par articuler : ‘Votre Altesse, je vous tutoierai, mais vous non. Je prendrai soin de toi, mais certaines choses te seront formellement interdites, et tu ne devras jamais chercher à savoir pourquoi. Et puis … ‘Il s’arrêta net et tourna la tête. Roxane, perdue, se jeta spontanément à ses pieds. ‘Andrew, que devrai-je faire encore pour vous, que devrai-je faire pour être belle et aimée ? Dites-le moi, je vous supplie de bien vouloir me le dire. Par pitié, continuez …’ Le jeune Duc, pas mécontent du tout de son petit effet, se retourna vers la princesse pour la contempler. ‘Sache que je serai très exigeant et ferme. Tu seras épanouie et fière de toi, libre de toute contrainte envers Sa Majesté – qui pourrait même t’envier, qui sait ? – si tu acceptes de faire ce que je veux que tu fasses dans notre intimité. Te sens-tu prête à m’écouter, Roxane, à m’écouter très attentivement ?’

La princesse, qui ne demandait qu’à boire les paroles du jeune Duc, et qui était prête à tout, ne fût-ce que pour ne plus voir l’affreuse image que lui renvoyait ce miroir ensorcelé et prouver à son père qu’il avait tort, opina doucement d’un mouvement de tête. Andrew continua sur le même ton : ‘Alors, voici ce que tu vas faire. Chaque fois que nous serons seuls, tu m’appelleras, toujours et uniquement, ton Seigneur et Maître. Je ferai alors ce que je sais être bon pour toi. Tu devras avoir en moi une confiance absolue et ne jamais me demander la raison qui motive l’un de mes souhaits. Je te demande de me croire sur parole et de m’obéir aveuglément. En revanche, personne ne doit savoir que je te possède. Il me plaît assez que la cour, que les gens de maison, que les sujets de ce royaume s’imaginent que ta transformation vient naturellement. Tu es une femme, à présent. Tu as vingt ans. Il est grand temps que tu t’accomplisses, pour trouver un époux et prendre ton envol. Je ne serai pas cet époux, puisque nous ne pourrons jamais nous marier, mais je souhaite t’aider à briser l’image erronée et tronquée de toi que te renvoie ce miroir. Consens-tu à te laisser aller entre mes bras, pour casser cette chaîne qui t’aliène en te faisant croire que tu es un monstre de laideur, Roxane, je ne te le demanderai qu’une seule fois. Y consens-tu, oui ou non ?’

Muette de stupéfaction, Roxane cherchait ses mots. Elle glissa dans un murmure, toujours agenouillée devant le Duc d’Endimbourg, son corset lui maintenant la taille : ‘Oui, Seigneur et Maître. J’y consens. Je le désire plus que tout. Père doit savoir qu’il a tort, je voudrais tellement que Père me regarde, ne fût-ce qu’une fois …. ‘ Toujours aussi satisfait de l’effet produit par son discours et agréablement surpris par la réponse de Roxane, Andrew prit les mains de la princesse dans la sienne et lui dit : ‘C’est bien. Va, maintenant, et repose-toi. Je reviendrai. Je te le promets. Mais … Pas un mot de tout cela, à quiconque.’ Apeurée, tourmentée par la tournure des événements, leur fulgurance, la princesse ne songea même pas à faire revenir son valet pour qu’il achevât de la déshabiller, comme d’habitude. Elle défit elle-même, à la hâte les lacets de son corsage, jeta un dernier regard furtif au miroir qui trônait dans la pièce en semblant la narguer, et s’allongea pour la nuit. Elle eut beaucoup de mal à trouver le sommeil mais finit par conclure, pour elle-même : ‘Mon Seigneur et Maître a raison. Il sait ce qui est bon pour moi. Je dois très vite songer à la noce. Père ne pourra plus m’accabler de reproches et préférer mon frère mort.’ Elle souffla la bougie et finit par s’endormir. Apaisée. Sereine. Certaine, catégoriquement certaine que son cousin Andrew ferait pour elle ce qu’il venait de lui promettre. On ne trahit pas sa parole, quand on a du sang royal de la famille d’Ecosse dans les veines.

Andrew revint en effet, régulièrement, et toujours de la même excentrique manière. Grimpant au lierre et frappant discrètement, de sa chevalière, à la fenêtre de l’appartement de la princesse. Il aimait la surprendre au milieu de ses occupations quotidiennes. Elle lui ouvrait, à chaque fois, quoi qu’elle fût en train de faire l’instant précédent, naturellement. Heureuse de savoir qu’elle allait passer un moment avec son Seigneur et Maître, heureuse de savoir qu’il allait prendre soin d’elle. Le Duc, à chacune des visites qu’il rendit ainsi à Roxane, commençait toujours par lui poser les deux mêmes questions : ‘T’es-tu regardée dans ce miroir, Roxane ? Et que t’a-t-il répondu ? ‘ Les réponses de la princesse variaient. Parfois, elle disait n’avoir pas éprouvé le besoin de se regarder dans le miroir pendant deux jours. D’autres fois, elle répondait au Duc qu’elle avait passé des heures devant cette glace, dans le secret espoir d’y trouver les réponses à ses interrogations. ‘Seigneur et Maître, ce maudit miroir m’a répondu que j’étais indigne d’être mariée, ce matin, que je ferais honte à la famille de mon époux.’ ‘Roxane, ce mage bossu et boiteux qui te l’a offert a été chassé de la cour. Il t’a joué un mauvais tour. Ecoute-moi et fais ce que je te dis. Tu vas appeler deux valets. Qu’on fasse chauffer de l’eau, je vais te baigner. Ensuite, le valet ira chercher la femme de chambre. Elle aura de quoi te farder les joues et la bouche. Elle te coiffera. Ne t’inquiète pas, personne ne saura que je suis là. Je me cacherai dans l’alcôve. Quand tu seras prête et que les domestiques seront sortis, je t’amènerai de nouveau devant ce miroir. Je suis sûr qu’il te dira quelque chose que tu n’as jamais entendue. Fais-moi confiance.’

Quand l’eau chaude a été apportée par les valets, qui l’ont versée dans un sabot et qui s’en sont allés, Andrew a reparu. Il est passé derrière la princesse Roxane, lui demandant de fermer les yeux. ‘Seigneur et Maître, mais que faites-vous ?’ ‘Chut, Roxane, laisse-moi faire, tu veux ?’ lui répond le Duc, en la déshabillant lentement. ‘N’ouvre surtout pas les yeux, aie confiance en moi. Je vais te prendre dans mes bras et te déposer dans l’eau chaude. Je vais prendre grand soin de ton corps, et tu pourras rouvrir les yeux seulement quand je te le dirai. Pour te prouver que je ne veux que ton bien, je vais t’expliquer clairement chacune des étapes que nous allons franchir ensemble ce matin. Tu ne dois pas prendre peur. Obéis-moi. Laisse-toi faire.’ Andrew porte la princesse jusqu’au bain et se saisit des ustensiles nécessaires à sa toilette. Les yeux toujours clos, Roxane se laisse aller à goûter aux délices des caresses délicates de son cousin tout au long de son corps, étonnée d’y trouver plaisir. ‘Seigneur et Maître, comment est-il possible qu’un simple bain soit aussi agréable ?’ ‘Il est plaisant parce qu’il t’est donné par ton Maître, Roxane. Je dois m’occuper de toi, je te l’ai promis, l’as-tu oublié ? Appelle la femme de chambre, maintenant. Je retourne dans l’alcôve. Je suis là.’ La princesse fit tinter la clochette qu’elle portait en permanence autour du cou. La servante se présenta. ‘Votre Altesse, je dois vous farder, vous habiller et vous coiffer.’ Ce qu’elle fit, avec application, sous le regard amusé du Duc d’Endimbourg, embusqué dans l’alcôve, qui s’appliquait à retenir son souffle pour qu’on ne le devine pas. Sa tâche accomplie, Roxane indiqua à sa femme de chambre qu’elle pouvait disposer. ‘Laisse-moi, à présent.’

Andrew surgit de sa cachette au moment opportun, passa ses mains sur les yeux de Roxane et la prit doucement contre lui. ‘Princesse, tu dois me donner ton poignet. Nous allons doucement avancer vers ce miroir qui te nargue et qui te fait si peur. Je retirerai mes mains, pour te laisser te regarder, quand je le jugerai bon. Et nous écouterons ce qu’il dira.’ ‘Oui, Seigneur et Maître. Je vous suis.’ Le Duc d’Endimbourg avait ses entrées au palais, bien sûr, à présent. Le personnel de la maison ne s’étonnait plus de sa présence régulière et le servait comme il servait tous les membres de la famille royale, essayant de le satisfaire de son mieux. Il avait donc fait monter dans les appartements de la princesse sa plus belle toilette, les bijoux de son baptême devant Dieu, et il avait discrètement demandé à la femme de chambre une coiffure radicalement innovante. La servante s’était exécutée, sans poser de questions, et avait relevé les cheveux de Roxane en un somptueux chignon mettant en valeur la candeur enfantine de son visage délicatement fardé. Le résultat dépassait les espérances d’Andrew, qui ne put réprimer un sourire de satisfaction en découvrant Roxane ainsi métamorphosée. Elle resplendissait. ‘Pardon, Seigneur et Maître, mais que va dire le miroir ?’ ‘Ne sois donc pas si impatiente, Roxane, tu le sauras bien vite.’ Entraînant doucement la princesse par le poignet, le Duc relâcha ses mains, non sans avoir demandé à Roxane si elle se sentait prête à se contempler et à entendre le miroir. Il resta derrière elle, pour la rassurer, au cas où elle aurait un sursaut ou un mouvement de recul. La princesse ouvrit les yeux. Ecarquillée, elle manqua s’évanouir. Le souffle court, elle crut un instant qu’Andrew avait fait venir un magicien. Elle ne se reconnut pas, se chercha elle-même l’espace d’un instant, en se retournant. ‘Seigneur et Maître, grands Dieux, qu’avez-vous fait ? Est-ce bien moi dont je vois le reflet ?’ ‘Je ne détiens malheureusement aucun pouvoir magique, votre Altesse … Ecoutons plutôt ensemble ce que ce miroir a à dire, veux-tu, Roxane, veux-tu l’entendre ?’ ‘Bien sûr, Seigneur et Maître ! Je ne le crains plus, puisque vous êtes là, et que vous avez chassé le mage maudit du royaume.’

Roxane n’en crut pas ses oreilles. Le miroir lui dit qu’elle était magnifique, qu’elle n’aurait désormais aucun mal à affronter le regard de son père, ni à provoquer le désir d’un homme qui voudrait l’épouser sur le champ. Le miroir jura à la princesse que son mari serait fier de la promener à son bras, dès que leurs obligations leur en laisseraient le temps, et que partout dans le royaume on le jalouserait secrètement, qu’on le trouverait chanceux d’avoir à ses côtés une femme comme elle, et qu’on envierait longtemps les enfants qui naîtraient de leur union. Après avoir demandé à la princesse si elle avait bien entendu, le Duc d’Endimbourg lui suggéra de demander sur-le-champ audience à son père le Roi d’Ecosse. ‘Oui, Seigneur et Maître. Il faut que Père me voie, mais …. Voudriez-vous venir avec moi ?’ ‘Sa Majesté ne me laissera pas assister à votre entretien, Roxane, mais ne crains rien. Il ne te blâmera pas. C’est peut-être lui, qui ne pourra pas soutenir ton regard, pour une fois. On ne peut pas rester insensible. Va.’

Fier de ce qu’il avait accompli, et heureux que sa cousine d’Ecosse lui fît confiance à ce point, en acceptant de s’abandonner ainsi à lui, certain aussi que désormais Roxane ne douterait plus d’elle-même, Andrew s’éclipsa et ne remit plus les pieds au palais.

Il ne la revit qu’une fois, à l’occasion de ses noces avec un prince de sang, qui furent célébrées quelques semaines seulement après leurs fiançailles. Le Roi d’Ecosse en personne, radieux et lumineux, donnait le bras à sa fille pour le trajet jusqu’à l’autel, sous le regard admiratif de la foule des sujets rassemblés dans l’église. Il n’aurait laissé à personne d’autre le privilège de prendre le bras de sa fille.

Le  9  avril  2007

Par severine
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Samedi 16 juin 2007

Enfanpillages

Souscription volontaire au pillage organisé
J'ai l'humeur réfractaire et la plume aiguisée
Méthodique lobotomie, lavage des sentiments
Mon coeur s'est endormi tout près de ta frontière,
Entre rien et néant
Sa guitare me désespère, ces violons fainéants,
Ce cirque m'exaspèrent
Mais je peux faire semblant de rire sous la pluie

Et vous n'y verrez rien
J'ai l'humeur cachottière et c'est sûrement mieux ainsi
Ce sont des choses qu'on ne dit jamais
D'ailleurs personne n'y croirait
Dans "compromettre", j'ai toujours choisi
Ce qu'il y a de plus con : "Promettre"
Tout cela m'appartient
J'ai l'humeur égoïste et ça tombe plutôt bien
Je me fous méchant
De savoir si j'existe

Par severine
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Samedi 16 juin 2007

Saxo solo (Pas de chance)

Le saxo répond à la guitare
Et vice versa
Renversant
Les ombres ont vaincu
Et j'ai posé mes deux fesses
Sur une bombe à retardement
Mais "n'ayons l'air de rien" (Noir Désir)
Le fort écrase le faible
C'est le jeu de massacre
Qu'on appelle la vie
J'y vais à reculons

La gueule ouverte et le pas lent
La respirer jusqu'à l'asphyxie
Fuck la mort
Retour sur Terre
Pourquoi me regardes-tu
Seulement comme si j'étais
Une autre de tes peurs ?
Pensées crasseuses
Dégoulinent et s'envolent
Le brouillard infini

Ce cratère gigantesque
En plein milieu du ventre
Saigne son désaccord ... majeur
Comme un rappel à l'ordre
Et ce réveil-attentat
Qui t'arrache de l'oubli,
Te jette dans la vie
Même si tu n'y crois plus
Je suis là depuis mille ans
Je te suis pas à pas
Pour t'exhorter à te battre
Qu'on me donne quatre sous
Pour gagner l'ivresse
Naïf don de soi
A un voleur d'âme
Qui ne te savait pas
Qui peut comprendre ça,
Ou même faire semblant ?
Je me fous d'exister
Je voudrais savoir être
Avec le passé
Et ce qui le compose
Ca ne rime même plus
Et je vais m'en aller
Je suis si souvent horrifiée
Par la violence que je sens en moi
Prête à mordre, à déchirer
Le voile de la haine
Dont j'ai tout recouvert
D'un geste de la main
Pour ne plus avoir mal jamais
Et ça vous tord quand-même
Toute la tripaille
D'une force inconnue
De voir ces gens qu'on aime
Comme ceux qu'on n'aime plus
Vous boire tout entière
Prie donc pour qu'il s'en aille
Et n'y revienne plus
Marcher sur les cendres
Qui te brûlent dedans
Incendie criminel
Ravivé par le vent
Qui souffle sur tes ailes
Et te ramène, souvent
Au degré zéro
Tu ne peux aller plus haut
Ni même redescendre

Peur panique te surprend
Juste entre deux étages
Quel immense gâchis
Quel fabuleux ratage
Ce petit bout de vie
Maudits soient enfin
Dieu et le diable
En même temps
D'avoir permis CA,
Ces heures sans nom
Car il n'en existe pas
Ces heures impitoyables
Et ce qu'elles ont fait de toi
Ces heures sans pardon
Ces heures inoubliables
C'était perdu d'avance
Et pourtant tu as joué
La faute à pas de chance


13 mai  1999
Par severine
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Samedi 16 juin 2007

Tout désir me fuit depuis hier. Je voudrais m'asseoir là, au bord de ta frontière, et n'en bouger jamais. Que diable ai-je bien pu faire de cette journée ? Mystère. Je ne m'en souviens plus. Je sais seulement qu'elle fut longue, puisque je ne t'y ai pas vu. Serais-tu venu si je te l'avais demandé ?

Je voudrais tant pouvoir vivre comme ça. Je t'ai promis d'essayer et c'est ce que je fais. Je désespère hélas d'y parvenir un jour. Je suis lasse de retourner des pierres et de n'y rien trouver d'autre que les vestiges minables d'un trésor sans valeur. C'est trop bête, n'est-ce pas, d'aller fouiller le ventre de la terre pour en sortir du vide.

Le monde est vide, il est vide ! Même ces violons s'en plaignent ...Et la nuit, revenue du fond des âmes, couvre tous leurs cris. Je n'entends plus rien ni personne, qu'un vieux fou en costume gris qui pianote increvable au fond d'un bar aux lumières tamisées, pour trouver l'harmonie, mais l'alcool a ravagé ses notes impatientes et il ferait mieux d'aller se coucher.

Quelle ambiance glauque. C'est l'hiver dehors, il traîne un vent impossible qui se moque du monde. Serions-nous déjà en décembre que je tremble comme ça d'une fièvre inconnue ? J'ai la mâchoire qui fait des claquettes en t'espérant sous ce néon glacé, même si je sais bien sûr que tu ne viendras pas.

Mon corps entier ne m'appartient plus, il s'en va sans moi.

Je me disloque sur un trottoir sans nom.


Dimanche 10 octobre 1999


Par severine
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Samedi 16 juin 2007

Sur la tombe en granit où j'ai mis mon enfance,

Toutes ces heures bénies dont je n'ai plus souvenance

Où s'épanchent vos chagrins de me savoir perdue,

Où se taisent enfin toutes nos indécences,

Où se mêlent enfin nos larmes retenues

Sur la pierre tombale

Où gémit mon enfance

Vos visages gravés comme une transparence

Figés sous le vent fou de l'hiver qui avance

Vos visages gravés que je ne sais presque plus

Vos visages emportés dans ma course éperdue

Dans ce tombeau glacé où se meurent nos enfances,

Où s'unissent nos mains pour la dernière danse

Où se cherchent nos pas lumière revenue

Sur la tombe en granit où se cache mon enfance,

J'aimerais qu'on écrive qu'en toute circonstance

Je vous aime comme on ne le permet plus

Mourir pour vous n'est pas mourir,

C'est reposer.

Pour ma famille

Vendredi 11 juillet 2003

Par severine
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Samedi 16 juin 2007

                                                Le 28 mai 2007

 

 

Mon ange joli,

Je suis un peu trop loin de toi pour pouvoir venir te murmurer à l’oreille, aussi souvent que je le voudrais, toutes les jolies choses que ta naissance m’inspire, alors Papa et Maman vont te les lire pour moi, d’accord ? Ecoute, écoute bien, parce que c’est mon cœur qui te parle …

J’aurais tellement voulu être près de Papa et Maman quand tu es venu au monde, il y a dix jours maintenant, si tu savais comme j’aurais voulu être là, pour prendre Maman dans mes bras parce qu’elle m’a manqué comme c’est pas permis, et aussi pour dire à Papa comme je suis fière de vous tous, fière d’être leur sœur et belle-sœur (ils t’expliqueront quand tu seras beaucoup, beaucoup plus grand que maintenant, ce que c’est qu’une sœur et une belle-sœur). Je t’ai vu à la maison, samedi après-midi, je t’ai d’abord regarder dormir, le frère aîné de Papa et sa femme étaient là aussi, ils sont venus de Paris pour te voir, et puis quand tu t’es réveillé, je t’ai pris dans mes bras, tout contre moi. Tu as ouvert bien grand tes yeux pour me regarder aussi et me faire un beau sourire. Si j’avais pu, j’aurais pleuré, mais mes larmes ne viennent plus. Maman t’expliquera pourquoi si elle veut, ce n’est pas le plus important. Papa et Maman n’auront pas besoin de t’expliquer ce qu’est le bonheur, tu le découvriras tout seul, comme un grand, et tu sauras tout de suite que c’est ça.

Mon ange, tu es né de l’amour qui unit Papa et Maman depuis plus de cinq ans maintenant. N’en doute jamais. Un amour sans frontière, un amour de toutes les couleurs, mais tu sauras aussi bientôt que l’amour n’a pas de frontière, ni de couleur. Tout le monde t’attendait, tout le monde demandait si tu étais né, si tu allais bien … Je te souhaite « des rêves à n’en plus finir » (demande à Papa et Maman qui était Jacques Brel, ils savent que je l’aime beaucoup). Tu es déjà très grand, mais pas encore assez pour comprendre que la vie malmène, parfois, et puis aussi qu’elle te bousculera, sûrement plus souvent que tu ne le voudrais. Si ça arrive, dis-toi alors que la couleur de ta peau est une chance, et non pas un obstacle. Tu te rends compte ? Deux papys, deux mamies, des oncles, des tantes, des cousins, des cousines, ici et au Sénégal, qui t’aiment tous de la même manière … Deux fois plus de raisons de prendre le temps de grandir, de découvrir les arbres, les animaux, les océans, les gens, de faire des voyages, pour découvrir le monde … Deux fois plus de raisons d’être plus fort que le reste du monde. Je ne voulais plus tellement le voir, le soleil, moi. J’avais tort. Il est là maintenant. Il mesure déjà 56 centimètres, et c’est son Papa qui l’a baptisé.

Mon ange joli …

Je te souhaite la lumière.

Je te souhaite la paix.

Sois le bienvenu au monde. 'Va, vis et deviens'. Et puis dis à Papa et Maman que je les aime très fort. Je ne suis pas sûre qu'ils aient bien entendu la dernière fois.
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Par severine
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Samedi 16 juin 2007
Si soudain je  laissais aller ce que m'inspire la nuit souveraine
Qui vient  de m'envelopper sans un bruit
Plus d'effroi, plus d'ennui,
Je suis nue  et  sereine,
Plus de froid,  plus de cris,
Et c'est beau
Pour que la nuit revienne
Je veux vivre ô mais oui
Juste pour tout cela
Je veux vivre
Et pour le reste, aussi

Dimanche 17 juin 2007, tôt ou tard ... ça dépend



Par severine
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Dimanche 17 juin 2007
Souviens-toi de ce musicien en costume gris, un peu vieux un peu fou qui pianotait increvable au fond d'un bar aux lumières tamisées à la recherche de ses notes impatientes qui foutaient le camp sans lui sous le néon glacé d'un trottoir où tu t'es disloquée en faisant des claquettes en plein mois d'octobre. Bon, on n'est pas non plus à la virgule près, c'était il y a presque cinq ans.


Il les a retrouvées et puis qu'est-ce que c'est beau ce soir entre tes deux oreilles. Tu voudrais avoir ses mains, tellement elles dégagent quelque chose d'étrange et de magique à la fois. Puissance et douceur en même temps, cocktail étonnant rassemblé en une seule personne, violence et retenue, pudeur et audace mêlées.


Tu te croyais damnée et tu as survécu et tu reviens au monde pour lui crier que la vie est belle, en essayant de mettre toute ta force dans ce cri-là, pour qu'il aille le plus loin possible, à l'autre bout de la terre, se faire l'écho de ta monstrueuse envie de vivre. Souviens-toi de ces heures terribles que tu as tant maudites. Elles t'auront permis l'inimaginable : Renaître. Rien que pour ça, elles n'ont pas de prix, et tant pis si personne ne comprend ce que tu veux dire. Oh allez, qu'il joue comme ça rien que pour toi jusqu'à ta mort, après ça n'a pas d'importance. Seize minutes et quarante-cinq secondes d'un bonheur pur pour un premier morceau, quelle entrée en matière !


Souviens-toi de cette vie dont tu ne voulais plus, que tu appelais le cirque ... Souviens-toi qu'elle partait en lambeaux, et caresse ton clavier comme lui caresse le sien. Vous dites les mêmes choses différemment. Souviens-toi de ces gens sans qui tu n'aurais pas eu la force de recoller les morceaux.

C'est si bon de renouer avec l'écriture après quelques mois de silence, comme je suppose que l'on renoue avec une maîtresse quelque peu négligée, c'est presqu'aussi sensuel, enfin je l'imagine. Retrouvailles chaleureuses avec cette ambiance nocturne et musicale qui permet à tes mots de voyager.


Il n'y a plus de souffrance dans ces lignes. Souviens-toi de l'amertume cachée derrière chacune des lettres tracées sur ce cahier qui ne te quitte pas. La sérénité qui a gagné ton coeur et triomphé de tous les diables ne veut pas dire pardon.


Tu vas être trentenaire et tu n'y croyais pas.

N'oublie jamais que la vie est une fête, que tu y es conviée et qu'il faut en être digne.

Samedi 14 février 2004, avec Didier Squiban en accompagnateur sans le savoir (Live à Lorient 1999). Qu'est-ce que c'est beau !!
Par severine
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Dimanche 17 juin 2007

Petite fille

Dansent toutes les âmes de mes morts réunis. Vous ne saurez rien, jamais, du tourment qui est mien de vous savoir perdus au milieu de nulle part, parmi rien.

 

Et puis me revoilà, à demi-nue, dans l'épaisseur de la nuit d'août ... Toute petite fille mourante de tendresse, cherchant éperdue la chaleur d'un regard qui ne l'a jamais vue. Avec l'impression de passer là où vous autres savez rester, mais je crois avoir écrit déjà cette partition-là sur un cahier sans lignes.

 

C'est fou comme les gens peuvent rendre heureux immensément et malheureux profondément presque dans la même seconde. Ils sont la pluie et le soleil dans le même mouvement, sans s'en apercevoir ...


Mercredi 4 août 1999

Par severine
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Dimanche 17 juin 2007

Dernière lettre

Mon coeur, ma vie, mon âme, ma douleur, mon cri, mon drame, ô toi,

Cette lettre est la dernière. Je n'ai pas encore décidé si tu la recevrais, mais ça n'est pas là l'essentiel. L'important, c'est qu'elle existe, même si je ne suis pas là pour t'en faire la lecture. Je ne suis jamais très loin. Je ne sais même pas quel matin nous pouvons bien être ... Lundi encore? Mardi déjà? Ces jours qui passent se ressemblent comme des frères. Et le temps me glisse sur la peau sans même me faire mal. Il fallait que tu saches que je ne serai jamais vieille, parce que c'est largement au-dessus de mes forces. Essayez plutôt de ne m'en vouloir qu'un peu si c'est possible. Ne me maudissez pas trop longtemps du fond de vos colères. Je ne crois pas mériter que l'on s'emporte à cause d'un départ. Pour être honnête, c'est vrai, je ne sais pas ce que je mérite. Sûrement rien, et surtout pas tes larmes. Elles me déchireraient. Elles me donneraient raison. Je te promets d'essayer d'être trentenaire. Mais pour plus loin ... C'est difficile, oh oui, si difficile ... Et puis, si un jour j'ai trente ans, ce ne sera pas ici. Ne me demande pas où, je n'en sais rien encore, mais j'y réfléchirai. C'est à toi que je vais penser beaucoup en tout cas tout au long de ce chemin-là, je t'en donne ma parole, puisque c'est toi qui m'as appris qu'on peut tenir debout

en toute circonstance, même s'il est parfois bon de s'accorder le droit de vaciller. C'est juste pour mieux repartir. Alors je m'en vais. Soyez heureux du mieux que c'est possible. Vous êtes de ces gens à qui ça va très bien.
Je t'emporte avec moi.

Embrasse-les comme je les aime.

Tendrement.


 


 

Pour ma maman, le lundi 23 août 1999

Par severine
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