Dimanche 7 septembre 2008
Séverine, (jusque là, j'ai bon ;-))
Fallait que je t'écrive, pour te dire ce que je pense. Tu me connais aussi bien que je te connais, y'a des choses que je ne sais
pas bien dire, alors je les pose sur les lignes virtuelles de cet infini cahier sans marge qu'est Internet. Je passe par chez toi parce que c'est plus simple. Je sais déjà que tu ne m'en voudras
pas.
J'ai appris que tu es allée, tout récemment, à Oradour sur Glane. Je sais que l'Histoire de France te passionne, et depuis un moment. Je sais ce que tu y as vu, c'est à dire l'horreur absolue, la
barbarie à l'état pur. Dans un silence respectueux, et sous la pluie.
Tu veux me faire plaisir ? Oui, je sais que tu vas me répondre oui. Alors écoute bien ce que je vais te dire, parce que je ne te le répéterai pas :
Tu aimes profondément ta famille (tu as la chance d'en avoir une). Et elle t'aime. Elle te le prouve, chaque jour. Tu aimes passionnément ton travail (tu as la chance d'en avoir un). Tu aimes
sincèrement tes amis (tu as la chance d'en avoir quelques-uns). Et ils t'aiment. Ils te le prouvent, à leur manière. Tu peux faire à peu près ce que tu veux de l'argent que tu gagnes, et puis
quand tu ne peux pas vraiment, eh bien tu attends. Tu aimes écouter de la musique, mon petit doigt droit, tu sais, celui qui m'cause parfois, m'a dit que tu avais envie d'aller apprendre à en
faire. Bonne idée ! Tu aimes écrire. Moi aussi, c'est exactement ce que je suis en train de faire. Je t'ai lue, l'autre soir, quand tu as dit ne plus vouloir de la compassion, voire de la pitié,
que tu as pourtant toi-même suscitées. Que veux-tu que je te dise ?! Tu manques de pudeur, de recul, de discrétion et de retenue, alors que je sais pertinemment qu'on ne t'a pas éduquée de cette
façon-là. Tu parles de ta vie, de toute ta vie, en en faisant une sorte de "drame sans nom", et tu t'étonnes, après, qu'on te plaigne ? Faut savoir ce que tu veux, ma grande ... T'es-tu déjà
demandé, ne serait-ce qu'une fois, si les personnes avec qui tu en parles étaient prêtes, à l'entendre ? Jamais. Pas un instant. T'es-tu déjà demandé, ne serait-ce qu'une fois, si les personnes
avec qui tu en parles avaient "besoin" de t'entendre leur expliquer ? Jamais. Pas un instant. Et pourtant, l'éducation qu'on t'a donnée, hein, je suis bien placée pour le savoir, t'a appris à ne
pas "encombrer" les autres avec ce qui ne regarde que toi. On t'a plutôt appris à aller vers l'autre, vers celui qui a eu moins de chance que toi, dans la vie. On t'a appris à respecter les gens
pour ce qu'ils sont, et pas pour ce que toi, tu voudrais qu'ils soient. Tu fais tout "de travers", et tu te permets de reprocher aux gens leur maladresse ? Je rêve !! Je sais très bien, aussi,
pourtant, que tu te "vantes", ou presque, d'essayer de ne pas faire ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse. Mon oeil !! Tu fais exactement l'inverse ... Tu m'agaces, quand c'est comme ça, tu
peux pas savoir, parce que ça ne te ressemble pas. Tu juges, à tort et à travers. Ça ne se fait pas, et tu le sais. Qu'est-ce qu'il a de si "précieux", à la fin, ton tout petit nombril ? Rien de
particulier, il est fait comme le nombril de milliards d'êtres humains. Tu as horreur qu'on soit injuste avec toi. T'es-tu déjà demandé, ne serait-ce qu'une fois, si tu ne l'as pas été, avec les
autres ? Si. Je sais que tu t'es déjà posé la question, mais ... trop tard. Tu m'énerves, si tu savais comme tu m'énerves, bien plus souvent qu'à ton tour, à faire ton "Caliméro" dans les
oreilles de gens que tu aimes, du genre : "Ben oui, mais la vie n'a pas toujours été facile, alors bon, si vous pouviez compatir ..." T'es-tu déjà demandé, ne serait-ce qu'une fois, si elle a été
facile aux gens que tu aimes ? Jamais. Pas un instant. Pfff ... Si tu n'étais pas ridicule, tu me ferais rire ! Qu'est-ce qu'elle a eu de pas facile, ta vie ? RIEN. Les enfants d'Oradour, dont tu
as vu les photos mercredi, ils auraient voulu vivre. Ils ne demandaient sûrement rien d'autre que ça. Ils n'ont pas pu. Alors maintenant, tu te tais. Ça suffit, quoi, sans déconner ! Tu me
fatigues, des fois, c'est pas croyable.
Les gens qui te connaissent, ici, me disent de toi que tu es quelqu'un de drôle, de souriant, de sensible, d'intelligent, de gentil et de généreux. Reste-le. Redeviens-le. Ça leur suffit, aux
gens qui te connaissent, pour t'estimer. Et ils disent la même chose à propos de ta famille. Ils ont raison. Le reste ? Il n'appartient qu'à toi. Garde-le. Ad vitam eternam. C'est ma prière pour
ce dimanche.
Allez, Séverine. Fais-moi plaisir, tu veux bien ? Kiffe ta life, à fond les ballons. Parce qu'elle est belle. Et qu'en plus, toi et moi, on sait parfaitement qu'elle peut être courte. Apprends ce
que tu ne sais pas encore. Le reste ? Il ne compte plus. On s'en fout. Vraiment. D'accord ?
Je t'embrasse. Affectueusement. Parce que j'ai été ferme, et je le sais. Mais il le fallait. Qui aime bien ... :-)
Moi.
Vous dites ...