Son lecteur MP3. L’arme fatale anti-ennui. A l’intérieur, en boucle, le live de Gainsbourg au Casino de Paris,
millésime 1986. Bien sûr. L’intro monumentale de « I’m The Boy », 9ème piste. Un régal. Les minutes défilent, comme les
kilomètres. Elle est perdue dans sa rêverie. Elle ne voit plus rien d’autre que ce but vers lequel elle tend. Elle pourrait être anxieuse. Elle ne l’est pas. Ca l’étonne. Un peu. Pas tant que
ça. La porte qui sépare les deux wagons coulissent. Il se tient droit, le contrôleur, à l’entrée. Elle se demande comment il parvient à ne pas tanguer ?
« Bonjour, contrôle des billets s’il vous plaît ». Ca lui plaît. Petit coup d’agrafe sur son ticket. Tout est en ordre. Son livre … lui glisse des mains. Elle est partie.
Il vient d’entrer. Elle n’a pas fait attention. Au premier abord, rien de particulier. Il est à sa place, comme elle est à
la sienne. Il lui semble qu’il siffle un refrain qu’elle connaît, mais elle ne parvient pas à mettre un titre sur ce qu’elle entend. Ca l’agace. De ne pas se rappeler. Partout, on loue sa
mémoire. Elle étonne tout le monde ou presque, sa mémoire. Elle fait avec, elle est sûre d’être née comme ça. Avec un disque dur interne un peu plus étendu que la moyenne. Elle ne s’en vante pas,
pourtant. Elle s’en sert. C’est tout. Et là, de ne pas retrouver le titre de la mélodie qu’elle l’entend siffler, ça l’agace. Parce qu’elle sait qu’elle sait. Il n’y a rien de plus énervant. Si
elle ne savait pas, elle se dirait : « Je ne sais pas », et ça ne ferait pas les gros titres de la presse le lendemain matin, mais là … En ré mineur. De cela, elle est
sûre. Ce qu’il siffle est écrit en majorité en ré mineur. Catégorique. Aucun doute. Qu’est-ce que ça peut bien être, et où est-ce inscrit, dans sa tête ? Dans quel tiroir l’a-t-elle
rangé ? Elle va trouver. Ca va lui revenir, mais quand ?
Vous dites ...